Yoga

Portrait de Mathilde Corbin, alias YOGOM

1) Peux-tu nous raconter brièvement ton parcours professionnel ?

Après des études de commerce, j’ai commencé à travailler dans une agence évènementielle puis petit à petit je me suis orientée vers le marketing, la communication et le digital.

2) Quel a été l’effet déclencheur pour “tout plaquer” et te lancer à ton compte ?

J’ai toujours eu envie d’entreprendre. J’abordais d’ailleurs tous mes jobs de salarié comme si les boîtes dans lesquelles je bossais étaient les miennes. J’étais tellement motivée, je voulais tout changer, j’avais une vision et à chaque fois j’étais très déçue de devoir rester à ma place, dans le rang et d’être un bon petit soldat opérationnel.

3) Quelle est ton histoire avec le yoga ?

Après une énième déception professionnelle, j’ai décidé de partir au Costa Rica pour faire un break, me ressourcer et réfléchir à ce que je voulais faire de ma vie.

Je pensais aller là-bas pour faire un peu de surf et apprendre l’espagnol et au final j’ai passé 4 mois à faire du yoga plusieurs fois par semaine. C’est donc complètement par hasard que je me suis mise au yoga mais mon inconscient ou le karma, peut-être, m’y a guidé car j’étais dans une phase de vie de transition et j’en avais vraiment besoin.

4) Est-ce difficile de rejoindre la communauté professionnel du yoga ? Y retrouve t-on la même bienveillance, valeur centrale de la pratique ?

Oui c’est difficile la communauté est tellement vaste qu’y trouver sa tribu professionnelle est aussi difficile qu’y trouver son compte en tant que yogi. Personnellement  il y a tellement de yoga et de mentalités différentes dans ce milieu là que le parcours est semé d’embuches. Parfois de très belles rencontres dues au complet hasard et parfois des prises de contact que l’on croyait fructueuse et qui sont très décevantes.

On a tendance à penser que qui dit yoga dit forcément bienveillance et ce n’est malheureusement pas le cas. Comme dans les religions on a pas tous la même lecture de la philosophie yoguique et de ses valeurs.

5) Ne trouves-tu pas qu’il est difficile de bien se démarquer des autres marques de yoga qui “surfent sur la tendance” pour le business, sans passion ni respect de la pratique ?

Si c’est très difficile aussi car Instagram qui est le premier vecteur de trafic pour une marque de yoga a de nombreuses dérives. On a envie d communiquer sur du contenu de qualité et instructif et puis finalement ce qui génère le plus d’engouement est le côté un peu superficiel du yoga et l’amalgame qui est fait autour.

Pour moi, le yoga ce n’est pas le culte de l’apparence et le challenge de la performance physique avec des corps de rêves et des postures difficiles et acrobatiques.

Pour moi le yoga est thérapeutique. Ce qui m’intéresse c’est le travail d’introspection qu’il permet de faire, l’outil merveilleux qu’il est quand on va moins bien et qu’on a besoin de s’apaiser, d’y voir plus clair, de regagner en énergie. Pour moi le yoga est une thérapie pas un sport. Malheureusement je développe un business et je suis obligée de prendre en compte les besoins de mon public et même si je tends à orienter ma communication vers les valeurs qui me sont chères je dois bien également être généraliste et plaire à Instagram qui sinon tu me mets pas en valeur dans l’algorithme et ne me permet pas d’étendre ma communauté. Beaucoup de marques de yoga sont très marketing, d’autres très engagées.

J’essaie justement d’être dans le juste milieu, dans l’équilibre et dans l’ouverture et la tolérance. Une conscience écologique sans être trop radicale, une atmosphère élégante et pétillante sans être trop fashion et superficielle, des prix accessibles et une communication plus authentique.

6) As-tu ressenti des difficultés en tant que femme entrepreneur ?

Pas en tant que femme non. La plus grande difficulté est d’être seule et de devoir tout gérer des achats, à la communication aux expéditions. On croit trop que le plus dur c’est de se lancer dans l’entrepreneuriat mais le plus dur c’est après de tenir la distance et de ne pas se décourager. Réussir à aborder les challenges en tous genres qui se présentent.

Des décisions stratégiques, comptables, fiscales, logistiques. Chaque prise de décision est un risque et une source de stress et on ne sait pas avant d’avoir pris une décision si c’était la bonne. On prend bien sûr des mauvaises décisions et il faut recommencer, se ré orienter et continuer toujours à aller de l’avant sans trop se comparer ni être trop dur avec soi même.

7) T’es tu dérouillée toute seule ? Si oui, quels sont tes conseils pour gérer la pression et rester objective ?

Oui je me suis débrouillée toute seule et sans aide financière comme du crowfunding. J’ai commencé avec 1500€ que j’avais mis de côté et petit à petit j’ai réussi  à grandir.

Je ne sais pas si je peux donner des conseils parce qu’on est tous différents. Dans mon cas l’isolement m’a aidé car j’ai beaucoup d’idées et j’ai besoin d’être dans un environnement très calme pour être productive. Dès que je regarde trop ce que font les autres, je m’éparpille et m’éloigne de ce que je veux vraiment.

Je sais que d’autres plus extravertis se nourrissent justement des autres. Maintenant que j’ai une base solide je ressens le besoin de demander des conseils et de rencontrer du monde. Pour moi, le plus difficile c’est d’être patiente, d’envisager l’entrepreneuriat comme une course de fond : il faut courir à son rythme mais sans s’arrêter et sans regarder ni derrière ni à côté.

Donc, je dirais l’endurance et aussi savoir ralentir pour reprendre des forces, prendre du recul pour mieux savoir où on va et comment on veut y aller. C’est un peu comme avec la pratique du yoga : de l’endurance, de la régularité, de la douceur et de la bienveillance et beaucoup d’humilité !

8) Quels sont tes projets à venir ?

Je souhaite continuer de faire évoluer Yogom puis avoir un peu de temps à nouveau à consacrer à ma pratique et pourquoi pas continuer de me former pour proposer des retraites de yoga ?

9) Que pouvons nous te souhaiter ?

De la niaque !

Mathilde Corbin
Fondatrice de YOGOM
La nouvelle marque française de yoga responsable

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